CINEMA

J'AI MEME VU UN FILM CORSE !
LES BONNES SURPRISES EXISTENT
J'ai vu un film corse l'autre soir à la télévision. Il s'appelait NOUS DEUX et avait été réalisé par Henri Graziani en 1991. C'était à vrai dire étonnant. Cela se passait dans le Cap Corse à Sisco-Pietracobara. J'ai noté pendant le générique de fin la présence d' acteurs comme Luisi ( celui qui est tout le temps avec Dutronc ), comme Pierre Joseph Comiti ou Massimi. J'ai appris aussi l'existence d'une agence de casting basée en Corse, sans oublier un ingénieur du son au nom plutôt de chez nous, "Antoine Bonfanti" qui a dû travailler sur tous les films corses. Il y avait bien un acteur nommé Philippe Noiret ( sa mère devait être corse et mariée à un continental... ) et sa femme dans le film jouée par Monique Chaumette ( Elle aussi certainement fille d'une Corse qui avait épousé un gendarme en poste dans l'île, lequel gendarme était enchanté de voir ses années en Corse multipliées par deux... ).

Hormis cet impair, on était bien en Corse. J'y ai retrouvé les ambiances que tout Corse qui se respecte connaît. Le village déserté en hiver et surpeuplé en été, le désir du Corse du continent de finir ses jours chez lui et aussi le difficile retour au pays pour celui qui n'a jamais vécu en Corse, à priori quand il se retrouve dans un village après trente ans passés à Paris. Pour le reste, rien à signaler. Beaucoup de bavardages entre Noiret et Chaumette, une histoire qui tient sur une feuille A4, une conclusion surprenante et une impression de "pas assez".


Je dois avouer que le spectacle m'a perturbé et fasciné pendant toute la durée du film. D'un coup, comme ça, on réalise qu'un long métrage, produit par Canal+ entre autres, peut exister et être diffusé dans le circuit national. Je savais que notre Dutronc d'Ile Rousse n'avait jamais réussi à financer son film " Les pointus". Le plus étrange dans cette affaire, c'est que j'avais visionné une semaine avant un film de Philippe Harel intitulé "Les randonneurs" qui m'avait conforté dans mes convictions. Un film en Corse, c'est possible à condition que le seul Corse de l'histoire soit le décor...Et c'est tout de même ennuyeux. J'aurais aimé avoir cet Henri Graziani à portée de main pour lui poser quelques questions ( sérieuses ), mais je ne l'ai pas retrouvé sur mon agenda. C'est dommage car depuis que j'étais né, il me semblait qu'un film tourné en Corse avec des acteurs corses et des techniciens corses ne pouvait exister ou plutôt n'avait existé que deux fois et bien sûr dans le cadre d'une production locale à vocation locale ( FR3 Corse pour ne pas la citer ).

DEUX AUTRES SURPRISES ENCORE PLUS STUPEFIANTES

La première en 1967 lorsqu'un dénommé Ange casta avait réalisé sa version de COLOMBA en noir et blanc avec dialogues en corse sous-titrés en français ( C'était une première à l'époque ). Le film est hélas rarement diffusé à la télévision et remercions ARTE de l'avoir fait il y a deux ou trois ans ( la prochaine diffusion est prévue dans cinquante ans... ). Les images sont fortes, les villages sont en pierres apparentes, les "strette" en terre, les acteurs sont du cru et en velours. On peut imaginer la tête des téléspectateurs de l'époque découvrant un film en VO corse sur l'unique chaîne du service public... Il y a d'ailleurs dans le film d'autres têtes assez perplexes, celles des Anglais en voyage touristique et exotique se retrouvant en pleine vendetta, esquivant les balles perdues...

La deuxième fois en 1983 avec un film ( encore prévu pour la télévision ! ) de Pierre Cangioni ( un homme en général spécialisé dans le sport ) intitulé SANTU NICOLI avec Robin Renucci et Pierre massimi. Une autre histoire de vendetta située aux portes de Balagne entre Lama et Pietralba ( je ne peux pas m'empêcher de citer un dialogue du film où l'on apprend que les élections ont commencé à Pietralba et qu'il y a déjà deux morts... )avec en plus le difficile choix entre l'exil sur le continent afin de faire carrière dans la médecine et l'exil dans le maquis pour faire carrière dans la vengeance d'un frère. Ici aussi, la majorité des dialogues sont en Corse, mais la couleur est au rendez-vous. Seules les rediffusions ne le sont pas. A quand une chaîne cablée qui serait à la Corse ce que TV BREIZH est à la Bretagne ? Entre les productions locales et les productions nationales, la matière ne manquerait pas, quoique pourraient en penser les détracteurs de service. Et ne dites pas le contraire à M. Mattei de Porto vecchio, fondateur de la Cinémathèque de Corse, A CASA DI LUME et garant du patrimoine cinématographique de l'île. Car de la pellicule, il y en a, surprises incluses. Ne nous méprenons pas, les trois réalisations citées plus haut ne sont pas légion mais en revanche, la Corse a une certaine affinité avec le cinéma et elle en surprendra plus d'un.

Pour mettre un peu d'ordre dans tout cela, je vous propose de faire un rapide tour d'horizon des rapports de la Corse avec le cinéma. Ce ne sera pas simple de faire court et exhaustif, mais on va s'en sortir.ll est possible de recenser au moins trois sortes de produits cinématographiques relatifs à la Corse. A savoir, les films Tino rossi, les films décors, et enfin les films 50% corses écrits ou réalisés par des Corses mais avec acteurs principaux continentaux. Pour ce qui est des films 100% corses faits par des Corses eux-mêmes ( comme votre site préféré ), c'est une autre histoire. SANTU NICOLI doit les approcher et COLOMBA a été produit dans les années 60, date à laquelle FR3 Corse n'existait pas.

LES FILMS TINO ROSSI ( SELON A TECHJA ! )


Tout comme les chansons de l'époque précantapopulucorsienne, le folklore et les clichés ont régné en maître dès 1921, date de la sortie de LES TROIS MASQUES ( Henry Krauss ). Sous un épais couvert de tragédie grecque, les amours impossibles naissent, les frères sont en pétard et les maquis en comptent plus que d'arbousiers. Et c'est ce qui intéresse les producteurs et certainement les spectateurs. Que vient faire Tino Rossi là-dedans ? C'est simple, il a joué dans des films aux titres sans ambiguités, MARINELLA et L'ILE D'AMOUR !

IL y aura un autre homme, plus célèbre et moins inoffensif que notre Tino Rossi qui amènera des cinéastes en Corse dont Abel Gance venu tourner son NAPOLEON en 1925. Le plus curieux, c'est que des polémiques ( sur le traitement de la Corse par l'Empereur ? ) naquirent à Bastia et non à Ajaccio. Il est vrai que je n'aurais pas parié que Napoléon était né à Bastia...



LES FILMS DECOR( SIFIES )

La Corse a servi comme décor espagnol dans CELA S'APPELLE L'AURORE de Bunuel ( 1956 ), de décor exotique dans ALERTE EN EXTREME-ORIENT de Ronald Neame ( 1958 ), de décor sicilien dans LA LOI de Jules Dassin ( 1959 ) et enfin de décor albanais dans AVRIL BRISE de Liria Bégéja ( 1987 ). De là à servir de décor érotique, le pas fut vite franchi et José Bénazéraf y tournera un polar semi porno, UN EPAIS MANTEAU DE SANG ( 1968 ) avant d'aller squatter les plages de St Tropez.

Plutôt que d'abîmer les plages de Normandie et de produire du soleil artificiel pour la lumière, il était plus pratique de le faire en Corse. C'est ainsi que les plages du désert des Agriates furent réquisitionnées pour simuler le débarquement des forces alliées en 1 944. Il s'agit bien entendu du JOUR LE PLUS LONG ( Ken Annakin, 1963 ).
La Nouvelle Vague nous a pondu un excellent film de jacques Rozier, ADIEU PHILIPPINES ( 1962 ) dont la majeure partie ne se déroule pas aux Philippines mais en Corse. Et enfin, Marco Ferreri emmènera dans son bateau Mastroianni et Deneuve sur les côtes de Cavallo pour y réaliser LIZA ( 1972 ).

Le plus récent de ces films décors est bien sûr LES RANDONNEURS ( 1997 ), film intéressant et plaisant qui n'a pas daigné faire une petite place pour un personnage corse. Alors, M. Harel, vous n'y avez pas pensé ? Et pourquoi le guide n'aurait-il pas pu être corse ?

Et si vous en avez le temps, amusez-vous à reconnaître les côtes corses dans OSS 117, dans L'ARBRE DE NOEL ou dans LA SCOUMOUNE. Il semblerait même qu'une scène de grotte sous-marine dans le premier INDIANA JONES ait été filmé à Bonifacio, mais cela demande confirmation.

LES FILMS 50% CORSES

Henri Graziani avait déjà un film corse à son actif, mais en tant que scénariste pour Pierre Granier-Deferre, metteur en scène de UN FILS ( 1972 ), avec Yves Montand dans le rôle d'un truand corse installé à New York et qui rentre au pays accompagner sans mère dans son dernier voyage. Il faut voir Montand, gangster implacable, allumer une cigarette dans la chambre de sa mère agonisante, se faire ordonner de l'éteindre illico et s'exécuter sans broncher, lui qui doit avoir descendu des dizaines de types comme on descend des pastis à l'heure de l'apéritif en été. Une scène d'anthologie... et une belle illustration du caractère des femmes corses.

Un autre Corse très connu se nomme José Giovanni. Plutôt écrivain de polars, il a mis en scène plusieurs films célèbres dont un pratiquement invisible, LA LOI DU SURVIVANT ( 1967 ), une sombre histoire de maison close du côté d'Ajaccio avec Michel Constantin dans le rôle principal. Eh oui, pas de Corses toujours dans les rôles principaux, même si c'est Giovanni qui réalise. Pour l'anecdote, on y voit déjà de jeunes Ajacciennes fort appétissantes faisant transpirer Constantin davantage que la chaleur estivale.

Il est à noter finalement que si des Corses sont à l'origine de ces projets, on n'échappe malheureusement pas à certains codes ou clichés ( les gangsters encore ! ), à la présence de pseudos Corses à l'accent parisien ou pointu. Est-ce le prix à payer à l'époque pour situer un film en Corse ? Il y a depuis longtemps une pléiade d'acteurs d'origine corse, ceux déjà cités et aussi Bozzufi, Clementi, Ceccaldi ( quoique... ) sans compter ceux qui pourraient passer du théâtre au cinéma.

Pour finir avec des personnes plus jeunes, les films de Pierre Salvadori ont souvent fait référence à la Corse ( CIBLE EMOUVANTE et LES APPRENTIS ), mais le dernier en date, COMME ELLE RESPIRE ( 1997 ), voit sa deuxième partie entièrement située en Corse. Et comme de bien entendu, l'actrice n'est aucunement corse. Tout comme Anna jouée par Romane Borhinger dans le téléfilm de Carole Giacobbi, ANNA EN CORSE suivie de près par sa grand-mère jouée par Micheline Presle. Le jeu de ces personnes n'est pas à remettre en cause, ces films ont le mérite d'exister et de travailler pour l'image de la Corse mais la même question se pose et se repose: " N'y a-t-il pas à Bastia ou à ajaccio des acteurs et des actrices capables de tenir ces rôles ? " . Par exemple, le Figolu de la BD de Pétillon ne pourrait-il pas être interprété par Teatru Mascone si Christian Clavier ( On craint le pire ) met en route le film ?

ON PEUT REVER OU PAS ?

J'en entends déjà qui ricanent au fond de l'écran, mais pour ma part, je serais ravi d'apprendre qu'une société de production, que des studios, que des techniciens du cinéma et des scénaristes soient basés en Corse et mettent en place le véritable cinéma corse. Il faut évidemment de l'argent ( pas si simple, il faut l'admettre ) et des personnalités ( de ce côté là, il y en a, tant dans l'île que sur le continent ). Ensuite, il faut avoir de la matière à filmer. Il existe déjà des tas de romans, classiques ou contemporains, dont l'action se déroule en Corse. Il existe aussi des faits historiques avec leurs protagonistes ( Non, pas que Napoléon, n'est-ce pas Pasquale ? ) qui ne souffriraient pas de la comparaison avec d'autres acteurs de l'Histoire française ou internationale. L'on pourrait enfin tourner des fictions comme on le fait ailleurs. Des histoires d'amour, des polars, des drames, des films comiques, des tranches de vie, des films polémiques... Bref, tout ce qui fait le cinéma. Une petite différence pour terminer ? Les personnages corses seraient corses et parleraient en version originale. Comme dans la vraie vie. Je ne sais pas ce que l'on peut en penser, je ne sais pas si j'ai perdu la tête ( de toutes façons, il faut la perdre un peu pour croire en quelque chose ) mais je serais preneur. Et vous ?

SEANCES SUPPLEMENTAIRES

Les visiteurs de A TECHJA ! nous écrivent pour nous signaler quelques réalisations entrant dans le cadre de cet article :
- LA LEZARDE réalisé par Gerard Leca de Marignana, film 100% corse, mais avec dialogues en français.
- Plusieurs courts metrage exclusivement en langue Corse réalisé par Dumè Maesrati (Porti Vecchju), dont : U CATALORZU .

2 003, BONNE ANNEE POUR UN CINEMA CORSE

- Pour l' année 2 003, la Corse est en quatrième position nationale pour le nombre de jours de tournages accueillis dans l'île !
- 4 films à grande diffusion nationale y ont été tournés :
" Le cadeau d'Elena " de Frédéric Graziani, " Le silence " d'Orso Miret, " 3 petites filles " de Jean-Louis Hubert et " L'enquête corse " d'Alain Berberian.
- Une nouvelle adaptation de Colomba a été mise en boîte pour FR3 en 2 004.
- Une structure Corsica Pôle Tournage a été créée en 2 002. Elle a constitué un fichier d'acteurs ( 150 comédiens, 100 figurants ) et de techniciens du cinéma ( une bonne centaine ) résidant en Corse.

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La collèque de têtes de Maure

Ce n'est pas dans mes habitudes, mais
je ne sais plus où je l'ai trouvée...

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